Fonction publique : une hausse des effectifs en trompe-l’œil

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La dernière publication de la DGAFP sur l’évolution des effectifs en 2024 pourrait, à première vue, donner le sentiment d’une fonction publique qui se renforce. Avec 5,85 millions d’agents au 31 décembre 2024, soit 37 000 de plus qu’en 2023 (+0,6 %), l’emploi public progresse. Mais derrière cette augmentation globale, la réalité est plus contrastée… et pose de vraies questions sur les choix politiques en matière de services publics.
En fin d’article, deux focus sur le ministère de la transition écologique et sur celui de l’agriculture (partenaires notamment dans les DDT(M).

Une hausse modérée, dans la continuité… mais sans rupture

La progression de +0,6 % s’inscrit dans une tendance stable observée depuis plus d’une décennie. Autrement dit, pas de véritable changement de cap. La fonction publique représente désormais 19,8 % de l’emploi total en France, une part stabilisée après plusieurs années de recul.

Autre élément notable : la baisse continue des contrats aidés, qui tombent à 25 800 bénéficiaires en 2024 (-10,4 %). Surtout, les passerelles vers l’emploi public durable se réduisent fortement : seuls 15 % des bénéficiaires de contrats aidés accèdent à un poste de contractuel, contre près de la moitié en 2020. Une évolution qui interroge sur les perspectives d’insertion et de sécurisation des parcours.

Des créations d’emplois très ciblées

Dans la fonction publique de l’État (+0,8 %), les hausses d’effectifs sont concentrées sur quelques secteurs prioritaires :

  • l’Éducation (+14 700 agents), notamment avec les accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH),
  • la Justice (+1,9 %),
  • les Armées (+1,1 %).

Mais attention : une partie de ces évolutions relève de jeux de périmètre (transferts d’agents entre structures), notamment pour les AESH. Hors de ces effets, la hausse est nettement plus modérée.

Dans le même temps, certains ministères stagnent ou reculent, comme les ministères sociaux ou l’Intérieur. Du côté de la transition écologique, les effectifs restent globalement stables, ce qui peut interroger au regard des enjeux environnementaux croissants et des besoins en ingénierie publique sur les territoires.

Territoriale et hospitalière : des dynamiques sous tension

Dans la fonction publique territoriale (+0,5 %), la progression ralentit par rapport à 2023. Elle repose en grande partie sur l’intercommunalité (+2,0 %), tandis que les départements et les régions stagnent. Les communes, elles, restent sous pression avec des effectifs quasi stables.

Côté hospitalier (+0,5 %), la hausse est portée principalement par les médecins (+2,2 %) et les contractuels. Mais là encore, la progression est plus faible que les années précédentes. Dans un contexte de crise persistante de l’hôpital public, ces chiffres traduisent davantage un ajustement qu’un véritable renforcement des moyens humains.

Une fonction publique toujours essentielle… mais fragilisée

Un emploi sur cinq relève de la fonction publique. Ce chiffre rappelle le rôle central des agents publics dans la cohésion sociale, l’éducation, la santé ou encore la sécurité. Pourtant, les évolutions observées traduisent surtout une gestion au fil de l’eau, sans vision d’ensemble.

Pour la CFDT, ces données confirment plusieurs préoccupations :

  • une montée continue du recours aux contractuels,
  • un affaiblissement des dispositifs d’insertion comme les contrats aidés,
  • des moyens humains qui peinent à suivre les besoins, notamment dans les secteurs en tension.

Derrière la légère hausse globale des effectifs, c’est donc bien la question de la qualité du service public et des conditions de travail des agents qui reste posée.

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Focus – Transition écologique : une stabilisation qui ne suffit pas

En 2024, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires compte un peu plus de 67 000 agents, avec une évolution globale de +0,8 %. Un chiffre qui pourrait sembler encourageant… mais qui mérite d’être relativisé.

Dans le détail, les effectifs des services ministériels sont quasi stables (-0,1 %), tandis que la progression repose essentiellement sur les établissements publics (+2,7 %). Une configuration qui prolonge une tendance bien connue : une érosion durable des effectifs au cœur même des services de l’État, avec une baisse marquée sur la décennie passée – jusqu’à -4,4 % par an entre 2011 et 2021 – (Voir figures 4 et 5 Stats Rapides de la DGAFP, ci-dessous).

L’organisation des effectifs illustre également cette transformation : 42 % des agents travaillent dans les services déconcentrés, contre 23 % en administration centrale. Un ancrage territorial indispensable, mais qui pose la question des moyens réellement disponibles pour accompagner les politiques publiques sur le terrain.

Au final, cette stabilisation des effectifs ressemble davantage à une pause après des années de réduction qu’à un véritable renforcement. Or, face à l’ampleur des défis climatiques et environnementaux, la question reste entière : comment accélérer la transition écologique sans investir davantage dans les compétences et les effectifs publics ?

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Focus – Agriculture : une progression à relativiser

En 2024, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire compte un peu plus de 46 000 agents, avec une évolution globale de +1,1 %. Un chiffre qui peut apparaître comme un signal positif… mais qui mérite d’être relativisé.

Dans le détail, la hausse des effectifs est largement liée à des recrutements ciblés, notamment d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) et de contractuels enseignants dans les lycées agricoles, ainsi qu’à l’arrivée de techniciens supérieurs. Une dynamique qui ne traduit pas nécessairement un renforcement global des services, mais plutôt une réponse à des besoins spécifiques.

L’organisation des effectifs confirme cette singularité : 57 % des agents travaillent dans des établissements d’enseignement, contre 17 % dans les services déconcentrés et 5 % en administration centrale. Un ancrage fort dans la formation, qui interroge sur les moyens réellement mobilisés pour les autres missions du ministère, notamment l’accompagnement des filières agricoles et la transition agroécologique. (Voir figures 4 et 5 Stats Rapides de la DGAFP, ci-dessous)

Au final, cette évolution des effectifs ressemble davantage à un ajustement ponctuel qu’à une véritable inflexion. Or, face aux crises agricoles, aux défis climatiques et aux attentes croissantes du monde agricole, la question reste entière : comment accompagner durablement ces transformations sans renforcer significativement les moyens humains du ministère ?

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Pour aller plus loin :

Consulter l’étude complète : Stats Rapides – Évolution des effectifs de la fonction publique en 2024 (DGAFP – mai 2026)

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