Logement des agents publics : derrière les 64 % de propriétaires, une réalité beaucoup plus contrastée
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« Près de deux tiers des agents publics sont propriétaires de leur logement ». Le titre du dernier Point Stat de la DGAFP pourrait laisser penser que les agents publics sont plutôt favorisés en matière de logement. À y regarder de plus près, la réalité est nettement plus contrastée : jeunes agents, contractuels, familles monoparentales ou personnels affectés dans les zones immobilières tendues rencontrent des difficultés bien plus importantes.
64 % de propriétaires… mais que signifie vraiment ce chiffre ?
Selon l’étude publiée en septembre par la DGAFP à partir du recensement de 2022, 64 % des agents publics sont propriétaires de leur résidence principale, contre 58 % des salariés du privé. Les agents publics sont par ailleurs 19 % à louer un logement privé vide et 11 % à vivre dans un logement HLM.
Mais cette comparaison mérite d’être sérieusement nuancée.
Lors d’un groupe de travail consacré au logement des agents publics, le 17 septembre, la CFDT a notamment regretté le choix du titre de cette étude, qui peut laisser penser que la situation des agents serait particulièrement favorable.
Car l’écart avec les salariés du privé s’explique principalement par la structure de la population concernée : âge, situation familiale, catégorie socioprofessionnelle et stabilité de l’emploi. Autrement dit, ce n’est pas le statut d’agent public qui expliquerait, à lui seul, un meilleur accès à la propriété.
Et lorsque l’on entre dans le détail, le tableau change sensiblement.
Jeunes agents : seulement 21 % réellement propriétaires ?
Officiellement, 35 % des agents de moins de 30 ans sont propriétaires, contre 66 % des 30-49 ans et 72 % des 50 ans ou plus.
Mais même ce chiffre de 35 % est trompeur.
En effet, 22 % des agents publics de moins de 30 ans vivent encore chez leurs parents. Le recensement leur attribue alors le statut d’occupation du logement familial. La DGAFP estime elle-même qu’en corrigeant cet effet statistique, le taux de propriétaires chez les moins de 30 ans tomberait à seulement 21 %.
Plus de la moitié des jeunes ayant quitté le domicile parental vivent d’ailleurs dans le parc locatif privé, vide ou meublé.
La précarité professionnelle se retrouve aussi dans le logement
La stabilité de l’emploi joue fortement sur les possibilités d’accès à la propriété.
68 % des fonctionnaires et agents en CDI sont propriétaires de leur logement, contre 42 % des agents en CDD. Les agents en contrat court sont davantage présents dans le parc locatif et sont aussi souvent parmi les plus jeunes.
Ils vivent également plus fréquemment dans de petits logements : 22 % des agents en CDD occupent un studio ou un deux-pièces, contre 12 % pour l’ensemble des agents publics. Chez les moins de 30 ans, cette proportion atteint 29 %.
Se loger dans les zones tendues : une difficulté bien réelle
Autre enseignement important : 71 % des agents publics ont leur emploi dans une zone où existe un déséquilibre important entre l’offre et la demande de logements.
Et plus la tension immobilière augmente, plus l’accès à la propriété diminue. Dans la zone A bis, la plus tendue, seuls 45 % des agents publics sont propriétaires. Chez les moins de 30 ans, ils ne sont plus que 25 %.
Les disparités territoriales sont considérables : 81 % des agents vivant en zone rurale sont propriétaires, contre 49 % dans les grands centres urbains et seulement 44 % dans l’agglomération parisienne.
Jusqu’à 17 % des agents en situation de suroccupation
Les conditions mêmes de logement sont également très différentes selon les agents.
Dans l’ensemble de la fonction publique, 7 % des agents vivent dans un logement considéré comme suroccupé. Cette proportion double chez les moins de 30 ans et les agents en contrat court (14 %) et atteint 17 % pour les agents travaillant dans l’unité urbaine de Paris.
Les familles monoparentales apparaissent elles aussi particulièrement dépendantes du logement social : 30 % vivent en HLM, contre 11 % pour l’ensemble des agents publics.
Habiter plus loin pour pouvoir devenir propriétaire ?
L’étude fait enfin apparaître un phénomène particulièrement parlant.
Les agents publics habitent relativement près de leur travail : 38 % résident à moins de 5 km de leur emploi. Mais plus on s’éloigne du lieu de travail, plus le taux de propriétaires augmente.
Il passe ainsi de 49 % pour les agents habitant à moins de 2 km de leur travail à 75 % pour ceux qui résident à plus de 20 km.
Un constat qui illustre une réalité bien connue dans les territoires où l’immobilier est cher : accéder à la propriété peut obliger à s’éloigner de son lieu de travail, avec les conséquences que cela implique en matière de temps de trajet et de mobilité.
Pour la CFDT, le logement doit devenir un véritable enjeu de politique RH
Au-delà des statistiques, la CFDT estime nécessaire de disposer d’outils spécifiquement adaptés aux agents publics. Elle revendique notamment un dispositif équivalent à Action Logement, qui permettrait également de disposer de données plus précises sur leurs besoins.
Cette question prend d’autant plus d’importance que de nouveaux dispositifs sont en cours de déploiement. La loi du 29 juin 2026 a créé de nouvelles mesures destinées à faciliter l’accès au logement des travailleurs du service public, tandis que la plateforme BALAE, utilisée pour le logement des agents de l’État en Île-de-France, vient d’être modernisée et pourrait à terme être étendue à d’autres territoires.
Pour la CFDT, le logement doit être considéré comme un outil d’attractivité et de fidélisation des agents publics, et non comme un facteur supplémentaire de précarisation de leur situation personnelle et familiale.
À retenir
Le chiffre de 64 % d’agents publics propriétaires est donc à manier avec précaution. Il ne dit rien, à lui seul, des difficultés rencontrées par un jeune agent qui débute, un contractuel, une famille monoparentale ou un agent affecté dans une métropole où les loyers et les prix immobiliers sont élevés.
Derrière une moyenne apparemment favorable se cache ainsi une question très concrète pour la fonction publique : comment permettre aux agents de se loger correctement à proximité de leur lieu de travail, quel que soit leur âge, leur statut ou leur territoire d’affectation ?
À noter enfin que le Point Stat publié en septembre 2026 repose sur le recensement de la population de 2022 : il photographie donc la situation de cette année-là et non celle du marché immobilier de 2026.
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Par UFETAM-CFDT
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