Loi Duplomb : un débat arraché par la mobilisation citoyenne

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Il aura fallu une mobilisation citoyenne d’une ampleur inédite pour que la loi Duplomb soit enfin discutée à l’Assemblée nationale. Ce mercredi 11 février, les députés tiendront un débat – sans vote – autour de ce texte très contesté, après le dépôt d’une pétition ayant recueilli plus de deux millions de signatures. Un signal fort, révélateur d’une inquiétude profonde sur les choix agricoles et sanitaires portés par cette loi.

Le débat arrive, … Duplomb récidive !

À l’origine de cette mobilisation, la crainte d’un recul majeur des protections environnementales et de santé publique. La loi Duplomb prévoit en effet de faciliter l’épandage de pesticides par drones, d’encourager la multiplication de mégabassines, de fragiliser les zones humides, mais aussi de remettre en cause l’indépendance de l’Anses, l’agence chargée d’évaluer les risques liés aux produits phytosanitaires.

Si le Conseil constitutionnel a déjà censuré l’une des dispositions les plus controversées – la réintroduction de l’acétamipride, un pesticide neurotoxique interdit en France –, le porteur du texte, le sénateur Laurent Duplomb, n’a pas renoncé. Début février, il a été déposé un nouveau projet pour permettre à nouveau l’usage de substances interdites, avec l’objectif affiché de contourner les garde-fous constitutionnels.

Santé, environnement et agriculture : un faux dilemme

Pour de nombreux élus, organisations syndicales, associations de santé et de défense de l’environnement, ce débat doit permettre de rappeler une évidence : protéger la santé publique et soutenir l’agriculture ne sont pas des objectifs contradictoires. Bien au contraire.

Depuis plusieurs mois, les auditions menées dans le cadre de l’examen de la pétition ont donné la parole à des acteurs de terrain, notamment issus du monde médical. Tous pointent les risques liés à l’exposition aux pesticides, tant pour les agriculteurs que pour l’ensemble de la population, et alertent sur les conséquences à long terme pour la biodiversité et la qualité de l’alimentation.

Le débat du 11 février sera donc l’occasion de poser clairement les enjeux : l’application effective du principe de précaution, le soutien à une transition agroécologique ambitieuse et la nécessité de protéger les agriculteurs face à une concurrence internationale déloyale. Autant de points sur lesquels la loi Duplomb apporte peu de réponses concrètes.

Changer de modèle plutôt que baisser les exigences

Au-delà du texte lui-même, c’est le modèle agricole dominant qui est interrogé. La recherche permanente de rendements toujours plus élevés, au prix de la santé et de l’environnement, montre aujourd’hui ses limites. Plusieurs experts soulignent d’ailleurs que la réintroduction de certains pesticides n’apporterait qu’un gain marginal de production, sans répondre au problème central : la juste rémunération des agriculteurs.

Plutôt que de sacrifier les normes sanitaires et environnementales, des alternatives existent. Soutien aux filières de qualité, accompagnement vers des pratiques moins dépendantes des intrants chimiques, protection du marché intérieur face aux importations ne respectant pas les mêmes exigences : autant de leviers qui permettraient de concilier agriculture durable, santé publique et justice sociale.

Une mobilisation qui se poursuit

La tenue de ce débat parlementaire ne marque pas la fin de la mobilisation. Partout en France, des rassemblements ont eu lieu ces derniers jours pour dénoncer la loi Duplomb et exiger un changement de cap. Un grand rassemblement est d’ailleurs prévu à Paris, devant l’Assemblée nationale, en amont des discussions.

Pour les organisations syndicales, associatives et les citoyennes et citoyens mobilisés, l’enjeu est clair : refuser que l’environnement et la santé deviennent des variables d’ajustement des politiques agricoles. Le débat est ouvert, et il devra, cette fois, être à la hauteur de l’attente démocratique exprimée massivement dans le pays.

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