Conférence Travail, Emploi, Retraites : ce qu’il faut retenir de la conférence qui vient de s’achever

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Après plusieurs mois de travaux, la Conférence sur le travail, l’emploi et les retraites (CTER) s’est achevée en septembre 2026. Conditions de travail, emploi des seniors, reconnaissance, rémunérations, intelligence artificielle, usure professionnelle et bien sûr retraites : son document final dresse la carte des convergences mais aussi des désaccords qui subsistent entre partenaires sociaux. Avec plusieurs pistes qui pourraient alimenter les futures réformes.

La Conférence sur le travail, l’emploi et les retraites s’est déroulée de décembre 2025 à l’été 2026 à l’initiative du Premier ministre. Organisations syndicales et patronales du privé, représentants des agents publics et employeurs publics y ont participé.

Son originalité était de traiter ensemble trois sujets généralement abordés séparément : le travail, l’emploi et les retraites. L’idée est simple : les conditions dans lesquelles on travaille influencent la capacité à rester en emploi ; l’emploi participe au financement de la protection sociale ; et les règles de retraite ont elles-mêmes des conséquences sur les parcours professionnels.

Mais attention à la nature de l’exercice : la CTER n’était ni une négociation ni une concertation sur un projet de réforme déjà écrit. Son objectif était d’identifier les convergences, les divergences et d’éventuelles « voies de passage ».

Des convergences plus nombreuses qu’on pourrait le penser

Premier enseignement du document final: malgré des désaccords parfois profonds, les partenaires sociaux se retrouvent sur plusieurs constats.

Sur les retraites, le maintien d’un système par répartition fait notamment l’objet d’un accord de l’ensemble des organisations participantes. Plus généralement, les travaux font apparaître des convergences autour de quatre grands axes : développer l’emploi et anticiper les mutations économiques et technologiques ; redonner du sens et de la valeur au travail ; mieux préserver la santé et prévenir l’usure professionnelle ; assurer la soutenabilité du système de retraite.

Pour les agents publics, plusieurs sujets méritent une attention particulière.

Fonction publique : anticiper les métiers plutôt que subir les transformations

Les participants aux ateliers consacrés au secteur public convergent sur la nécessité de mieux anticiper l’évolution des métiers et des compétences.

Le document évoque notamment la création ou le renforcement d’une fonction d’observatoire interministériel des métiers publics au sein du Conseil commun de la fonction publique (CCFP), afin de suivre les métiers, les compétences, les recrutements et les tensions. La formation tout au long de la vie et l’anticipation des transformations professionnelles font également l’objet d’une convergence générale.

Un enjeu qui prend évidemment une importance particulière avec le développement de l’intelligence artificielle.

Intelligence artificielle : pas sans les agents

L’IA a occupé une place importante dans les travaux.

Dans la fonction publique, son déploiement est envisagé comme un moyen de simplifier certaines procédures, d’améliorer la qualité du service rendu et de permettre aux agents de consacrer davantage de temps aux tâches complexes et aux relations avec les usagers.

Mais les participants insistent sur un principe : ces transformations doivent associer les agents et leurs représentants. Formation, évolution des métiers, organisation du travail et dialogue social doivent accompagner le déploiement des nouveaux outils.

Travailler plus longtemps suppose d’abord de pouvoir rester en emploi

C’est probablement l’un des constats les plus importants de la Conférence.

Les partenaires sociaux soulignent que l’allongement des carrières ne peut être envisagé sans une véritable politique de maintien dans l’emploi des seniors.

Formation continue, adaptation des postes, prévention de l’inaptitude, reconversions, temps partiel et aménagement des fins de carrière figurent parmi les leviers identifiés.

La retraite progressive est également présentée comme un outil permettant une transition plus souple entre activité et retraite. Dans le secteur public, le droit de refus de l’employeur est toutefois identifié comme pouvant freiner son développement, sans qu’un consensus se dégage pour rendre le dispositif opposable.

La prévention de la désinsertion professionnelle fait, elle, l’objet d’un fort consensus : réduction des risques professionnels, aménagement des postes et recours accru aux dispositifs de reconversion doivent permettre d’éviter que des agents ou salariés soient contraints de quitter prématurément leur emploi pour raisons de santé.

Usure professionnelle et pénibilité : remettre le travail au cœur de la retraite

C’est l’une des pistes importantes ouvertes par les travaux.

Les garants envisagent notamment un mécanisme permettant de mieux reconnaître collectivement la pénibilité de certains métiers exposés à des contraintes physiques. Une visite médicale en fin de carrière pourrait alors, selon la situation de la personne, conduire à une retraite anticipée ou à un passage à temps partiel avec maintien de la rémunération.

Pour la CFDT, Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint, y voit une possibilité de « corriger une inégalité face à la retraite en fonction du travail qu’on a eu auparavant ».

Le sujet est d’autant plus important que le document souligne que, malgré une amélioration moyenne de certains indicateurs de conditions de travail, davantage de salariés déclarent ne pas se sentir capables d’exercer le même travail jusqu’à la retraite.

Retraites : la piste sensible d’un « âge d’équilibre »

C’est certainement la proposition qui fera le plus débat.

Les garants mettent sur la table l’idée d’un « âge d’équilibre », distinct de la durée de cotisation. Un départ avant cet âge resterait possible, mais avec une décote importante ; à l’inverse, poursuivre son activité au-delà ouvrirait droit à une surcote. Cet âge pourrait évoluer notamment en fonction de l’espérance de vie.

Il ne s’agirait donc pas de supprimer purement et simplement l’âge légal de départ. Les garants considèrent même qu’une telle suppression pourrait pénaliser notamment les personnes ayant connu des carrières hachées.

Mais la logique envisagée serait fortement incitative : hors dispositifs de retraite anticipée, partir plus tôt supposerait d’accepter une décote qualifiée dans le document de « significative » et même « dissuasive ».

Cette piste est loin de faire consensus entre les organisations syndicales.

Et les retraites des agents publics ?

Le document traite également des régimes de retraite du secteur public, mais de manière moins approfondie que ceux du privé. Les garants le reconnaissent explicitement : la partie consacrée aux retraites privées est plus précise que celle concernant les retraites publiques.

C’est donc un point de vigilance important : les pistes générales issues de la Conférence ne peuvent pas être automatiquement transposées aux fonctionnaires, compte tenu des règles spécifiques de calcul des pensions, des catégories actives, des primes, des dispositifs de départ anticipé et des différents versants de la Fonction publique.

Des constats, des pistes… mais pas encore une réforme

C’est sans doute ce qu’il faut retenir à ce stade.

La CTER n’aboutit pas à un accord global ni à un nouveau projet de réforme des retraites. Elle établit plutôt une sorte de cartographie du dialogue social : ce sur quoi syndicats et employeurs peuvent avancer ensemble, ce qui continue de les opposer et les pistes permettant éventuellement de poursuivre les discussions.

Les trois garants prennent d’ailleurs soin de préciser qu’ils n’entendent formuler « ni conclusions, ni recommandations ni préconisations » sur les sujets qui restent en débat : les choix politiques appartiennent désormais aux pouvoirs publics et les choix sociaux aux partenaires sociaux.

Pour les agents publics, plusieurs dossiers sont donc à suivre de près : conditions et sens du travail, reconnaissance et rémunérations, emploi des seniors, prévention de l’usure professionnelle, développement de la retraite progressive, transformation des métiers par l’IA et, évidemment, avenir des règles de retraite.

La Conférence est terminée. Les débats qu’elle a ouverts, eux, sont loin de l’être.

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Par UFETAM-CFDT
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