Pour Laurent Berger, une réforme des retraites avant la présidentielle serait une « folie »

Pour Laurent Berger, une réforme des retraites avant la présidentielle serait une « folie » ( Le Monde – 07-06-21 )

Interrogé sur l’éventuel abandon du système de retraites par points que la CFDT appelait de ses vœux, le secrétaire général du syndicat réformiste a temporisé, affirmant avoir des « sources qui [lui] disent qu’il n’y a rien d’arbitré ».

Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, a estimé lundi 7 juin que ce serait une « folie » d’engager une réforme des retraites avant l’élection présidentielle de 2022, se refusant toutefois à « surréagir » alors que l’exécutif n’a pas encore présenté son projet.

« Ce n’est pas le moment. (…) On continue de dire ce qu’on dit depuis des mois : il n’y a pas de place pour un débat apaisé autour de la question des retraites avant la présidentielle. Quelle que soit l’option retenue, ça paraîtrait totalement inflammable », a déclaré M. Berger à l’Agence-France Presse (AFP). « Le temps est à la reprise, à la réparation de l’épreuve qu’on a traversée, dont tout le monde ne sort pas indemne (…). Il y aura des gens qui resteront au bord de la route ; de la fatigue, de la lassitude, parfois de la colère. Donc ce n’est pas la peine de mettre de l’huile sur le feu », a souligné le secrétaire général de la CFDT.

Interrogé sur l’éventuel abandon du système de retraites par points que la CFDT appelait de ses vœux, M. Berger a temporisé, affirmant avoir des « sources qui [lui] disent qu’il n’y a rien d’arbitré ». « Maintenant chacun assumera sa part de responsabilité. Une approche purement paramétrique est une approche qui ne nous conviendrait pas du tout, chacun le sait », ajoute le patron du syndicat réformiste.

Majorité divisée

Jeudi 3 juin, le président de la République a relancé le sujet, jugeant que la réforme ne pourrait être reprise « en l’état » mais prévenant qu’il n’hésiterait pas à prendre des décisions « difficiles » d’ici à l’élection présidentielle du printemps 2022. La majorité est divisée sur le bien-fondé de relancer le débat sur ce projet de réforme ultrasensible. De son côté, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a récemment estimé que la France en avait besoin « pour que [le] système de retraites par répartition soit financièrement viable ».

A l’origine conçue comme l’une des grandes réformes de la présidence d’Emmanuel Macron, la réforme des retraites avait suscité de vastes manifestations et mouvements de grève à la fin de l’année 2019 et au début de l’année 2020.

La réforme avait été suspendue avec l’entrée de la France dans une première période de confinement en raison de la pandémie de Covid-19.

Dès l’été 2020, au moment de la nomination de Jean Castex à la tête du gouvernement en remplacement d’Edouard Philippe, Emmanuel Macron s’était dit « ouvert à ce que [la réforme] soit transformée », sans pour autant envisager son abandon. Sous la pression des organisations syndicales de salariés et de la pandémie, un premier report avait été décidé.

Par le Monde avec AFP

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Article du Canard enchainé du 9 juin 2021 : Réforme des retraites retraitée en cachette

Les petites phrases de Macron, dans le Lot (3/6), indiquant que la réforme qui instaure la retraite par points ne peut « être reprise en l’état », ont mis fin à un suspense de plusieurs semaines. Mais l’enterrement du projet, « extrêmement complexe et, du coup, porteur d’inquiétude », devra s’accompagner de mesures à chaud, attendu que « notre système n ‘est plus à l’équilibre ».

Que ne l’avait -il dit plus tôt ! Cela aurait évité à Elisabeth Borne, la ministre du Travail, également chargée des Retraites, de dérailler à maintes reprises. Le 30 mai, par exemple, elle affirmait sur France-info : « Je ne crois pas que la réforme soit inadaptée au contexte. »

Et de plaider pour le texte resté en plan dès son vote en première lecture par l’Assemblée : « On a aujourd’hui un système avec 42 régimes, auquel personne ne comprend rien, qui est par ailleurs injuste. »

Borne aurait pu nourrir quelques doutes au vu du « programme de stabilité budgétaire », adressé à la Commission européenne après le Conseil des ministres du 14 avril. Ce condensé des orientations gouvernementales, en effet, n’évoquait la réforme Macron qu’en filigrane pour se concentrer sur la « soutenabilité financière du système [des retraites], qui n’est pas assurée avec les paramètres actuels ».

Le 1er janvier prochain, la France présidera l’Union européenne. Mauvaise élève en matière de déficit, elle se doit d’envoyer quelques signaux… Le programme gouvernemental retient deux pistes : « adaptation de l’âge de liquidation à l’évolution de l’espérance de vie » et « sous-indexation des pensions versées ». En clair : le recul de l’âge et la baisse du pouvoir d’achat des retraités. Bref, à Bruxelles, on connaissait il y a près de deux mois ce que le bon peuple a maintenant le droit d’entrevoir.

Le mystère a été bien entretenu. Dans le résumé accompagnant ce programme de stabilité transmis à la presse par Bruno Le Maire et Olivier Dussopt, le ministre des Comptes publics, les retraites (15,3 % du PIB, pourtant) n’étaient même pas mentionnées ! Mieux : le communiqué du Conseil des ministres n’en soufflait mot.

Cris et cachotteries

Conséquence : Laurent Berger, seul soutien de ce projet de retraite par points, a été ravi d’apprendre son retrait par voie médiatique ! « Une réforme paramétrique (c’est-à-dire visant l’âge de départ et le montant de la retraite) serait suicidaire pour le gouvernement à un an de la présidentielle, a-t-il commenté devant les autres dirigeants de la CFDT. Il va avoir droit à des oppositions de toutes parts, y compris la nôtre, et il ne trouvera pas de voie de passage pour cette réforme. » Et de rappeler qu’à ses yeux la question des retraites doit être « traitée de façon qualitative afin d’apaiser un pays qui en a grand besoin. Personne n ‘a envie d’une déstabilisation de la France ».

Certains de ses collègues syndicalistes se montrent plus vachards encore. « Au gouvernement, ils ont besoin de sortir des sujets régaliens imposés par Le Pen et par la droite, affirme l’un d’eux. Il leur faut un automne connoté économie et social. » Sûr qu’avec ce social-là Macron ne peut que remporter la présidentielle .

Alain Guédé

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