Souveraineté numérique : l’État tourne la page Windows… mais à quel prix pour les agents publics ?
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Souveraineté numérique : une ambition légitime… à construire avec les agents. La souveraineté numérique s’impose aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour l’État. Face aux tensions internationales et aux dépendances technologiques, le gouvernement affiche désormais une volonté claire : reprendre le contrôle sur les outils numériques utilisés par les administrations.
Sortie de Windows, …pour Linux et des solutions open source
Parmi les annonces marquantes, lors d’un séminaire interministériel du 8 avril 2026, la DINUM a engagé une sortie progressive de Windows au profit de solutions basées sur le système d’exploitation Linux. En parallèle, l’État prévoit de généraliser Visio d’ici 2027 pour remplacer des outils comme Zoom ou Teams, et de renforcer l’usage de solutions numériques dites « souveraines ».
Sur le principe, l’objectif est difficilement contestable. La dépendance aux grandes entreprises du numérique, principalement américaines, pose de réelles questions de sécurité, d’indépendance et de maîtrise des données publiques. L’exemple du juge Nicolas Guillou, privé de certains services numériques à la suite de sanctions, a d’ailleurs illustré de manière très concrète les risques auxquels peuvent être exposées nos institutions.
Des changements importants pour les agents
Mais derrière cette ambition politique, une question essentielle demeure : comment cette transformation va-t-elle se traduire pour les agents publics ?
Car changer d’outils numériques ne se décrète pas. Cela impacte directement le quotidien de millions d’agents : leurs habitudes de travail, leur efficacité, mais aussi parfois leur niveau de stress face à des environnements nouveaux ou instables. Le passage à des systèmes comme Linux, encore peu répandus dans certains services, ou à de nouveaux outils collaboratifs, nécessitera un accompagnement solide.
Formation, assistance, ergonomie des outils, compatibilité avec les logiciels métiers… autant de conditions indispensables pour éviter que cette transition ne se traduise par une dégradation des conditions de travail. Sans cela, le risque est réel de voir se multiplier les difficultés techniques, les pertes de productivité et le sentiment de « subir » des choix décidés sans concertation.
Avec quels moyens ?
Autre enjeu majeur : celui des moyens. La construction d’une véritable souveraineté numérique suppose des investissements importants, durables, et une vision industrielle cohérente. Elle ne peut pas reposer uniquement sur des effets d’annonce ou des expérimentations isolées. Elle nécessite également de s’appuyer sur les compétences des agents, qui doivent être pleinement associés à ces évolutions.
Enfin, cette transition pose la question du sens. La souveraineté numérique ne doit pas être uniquement une réponse défensive face à des risques extérieurs. Elle doit aussi être l’occasion de repenser les outils publics au service de missions d’intérêt général, avec des solutions plus transparentes, plus durables et mieux adaptées aux besoins.
A quel prix ?
Pour la CFDT, l’enjeu est clair : oui à la souveraineté numérique, mais pas à n’importe quel prix. Elle doit se construire avec les agents, et non contre eux. Cela suppose du dialogue social, de l’anticipation et un accompagnement à la hauteur des transformations engagées.
Cela implique des garanties concrètes : aucune bascule d’outil ne doit se faire sans formation préalable effective, sans support technique accessible et sans évaluation réelle des impacts sur les conditions de travail.
De la même manière, les représentants des personnels doivent être pleinement associés aux choix structurants, et pas seulement informés a posteriori.
Car au final, ce sont bien les agents publics qui feront vivre – ou non – cette ambition dans leur quotidien professionnel.
UFETAM-CFDT
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Pour aller plus loin :
Le communiqué de presse du 8 avril 2026
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