Transparence des salaires : les discussions sur la transposition de la directive reprennent
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Les partenaires sociaux des secteurs privé et public sont convoqués ce jeudi 15 janvier pour reprendre les travaux laissés en suspens début septembre 2025.
Victime collatérale de l’instabilité politique, la transposition dans le droit français de la directive européenne sur la transparence des salaires n’a rien d’un long fleuve tranquille. Après une mise en route du processus (dans le courant de l’année 2025), les travaux ont été interrompus par la chute du gouvernement Bayrou, au début septembre. Quatre mois plus tard, les partenaires sociaux de la fonction publique et du secteur privé sont convoqués, chacun de leur côté, à un groupe de travail ce 15 janvier. C’est une bonne nouvelle pour la CFDT, même si tout a été laissé en chantier et qu’aucun échange n’a eu lieu durant cette trêve.
La réunion du 15 janvier permettra peut-être de lever des ambiguïtés qui demeurent, telles que la définition des sanctions prises contre les entreprises qui ne respectent pas les mesures. « La question de l’outil que l’on utilise pour faire les comparaisons est, elle aussi, loin d’être réglée », précise Béatrice Lestic ; la secrétaire nationale chargée du dossier égalité professionnelle plaide en faveur des classifications des conventions collectives, ce que le patronat ne souhaite pas.
Accélérer le calendrier
L’interruption des travaux contrarie aussi fortement le calendrier initialement prévu. En effet, le ministère du Travail avait indiqué sa volonté, en mai dernier, qu’une partie des dispositions de la directive soit adoptée fin 2025 par le Parlement via un projet de loi, et que le reste soit acté début 2026 par voie réglementaire. « Il n’y a pas d’autre choix que d’accélérer les travaux afin de respecter les délais », estime pour sa part Béatrice Lestic. La date limite pour transposer, elle, reste fixée au 7 juin 2026…
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D’après l’article initialement publié par Syndicalisme Hebdo
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Transparence salariale : un levier d’équité, aussi dans la fonction publique
Alors que la question de la transparence des salaires revient régulièrement dans le débat public, notamment à travers des études menées dans le secteur privé, il est utile de s’interroger sur ce qu’elle implique dans la fonction publique. Ce n’est pas si simple — mais c’est essentiel.
Dans le secteur privé, la transparence des salaires est souvent perçue comme une arme à double tranchant. Une étude récente menée aux États-Unis par le professeur Tomasz Obloj a montré que la publication des salaires dans les universités publiques américaines avait permis de réduire significativement les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes, tout en compressant les écarts globaux. Bref, des salaires plus justes, mais aussi plus uniformes, ce qui pousse parfois les profils les plus performants à quitter les organisations les plus transparentes.
Dans la fonction publique, le contexte est différent : les salaires ne se négocient pas individuellement, car ils sont encadrés par des grilles statutaires. La transparence y est donc, en théorie, acquise. Mais en pratique, de nombreuses zones d’ombre persistent : régimes indemnitaires inégaux, pratiques locales différentes, avancements de grade peu lisibles… Et les écarts peuvent exister, même entre agents d’un même ministère.
Ce que la transparence change (ou devrait changer)
La transparence salariale renforce la confiance dans le système : lorsqu’on comprend pourquoi un collègue est mieux payé, le sentiment d’injustice diminue.
Elle permet de révéler des inégalités cachées (entre femmes et hommes, entre services, entre affectations), même dans un cadre statutaire.
Elle oblige les employeurs à rendre des comptes, à justifier les écarts et à harmoniser les pratiques.
Mais la transparence ne suffit pas à corriger les injustices. Encore faut-il que les données soient accessibles, compréhensibles, et qu’elles servent à nourrir un dialogue social exigeant.
Une culture de la transparence qui a mis du temps à s’imposer
Depuis le début des années 2000, la CFDT UFETAM s’est engagée activement dans cette voie : à chaque revalorisation du point d’indice, nous publions une quarantaine de grilles de salaires actualisées, par corps et par grade, pour l’ensemble des agents de nos ministères.
Aujourd’hui, ces grilles sont très attendues et très largement consultées. Mais cela n’a pas toujours été le cas : pendant longtemps, on nous a reproché de “divulguer” des informations sensibles, comme si les salaires dans la fonction publique étaient secrets… alors même qu’ils sont censés être connus de tous.
Cette évolution témoigne d’un changement de regard : la transparence n’est plus un risque, mais un droit, et un outil de justice sociale.
Par CFDT-UFETAM
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