[Décryptage] Retraites : ce que dit vraiment le rapport 2026 du COR

Publié le

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) a publié son rapport annuel 2026. Comme chaque année, ce document ne propose pas de réforme mais établit un diagnostic sur l’état du système de retraite et ses perspectives à long terme.

Sa publication a suscité de nombreux commentaires, souvent centrés sur un chiffre : le déficit du système de retraite pourrait atteindre 2,4 % du PIB en 2070. Faut-il y voir la preuve que le système est condamné ? Pas forcément. Une lecture attentive du rapport conduit à des conclusions plus nuancées.

Le premier enseignement : les dépenses de retraite ne « dérapent » pas

Contrairement à une idée largement répandue, le COR ne prévoit pas une explosion incontrôlée des dépenses de retraite.

Aujourd’hui, les retraites représentent 14,1 % du PIB. Selon le scénario de référence du COR, cette part resterait pratiquement stable jusqu’en 2045 (14,2 % du PIB), avant d’augmenter progressivement pour atteindre 15,3 % en 2070.

Autrement dit, le vieillissement de la population exerce bien une pression sur le système, mais les dépenses n’augmenteraient pas dans des proportions incontrôlées.

Le COR souligne d’ailleurs que cette évolution est largement compensée par deux phénomènes :

  • le recul progressif de l’âge moyen de départ à la retraite ;
  • une progression des pensions moins rapide que celle des revenus d’activité.
Pourquoi le déficit projeté augmente-t-il ?

La principale nouveauté du rapport 2026 réside dans les nouvelles projections démographiques de l’Insee.

Le COR retient désormais :

  • une fécondité de 1,45 enfant par femme (contre 1,8 dans les précédentes projections) ;
  • un solde migratoire annuel de +150 000 personnes ;
  • une progression un peu moins rapide de l’espérance de vie.

La baisse de la natalité est l’élément le plus déterminant à long terme. Moins d’enfants aujourd’hui signifie moins d’actifs demain pour financer les pensions dans un système fondé sur la répartition.

Le rapport démographique continuerait ainsi de se dégrader : alors qu’on compte aujourd’hui environ 2,5 personnes âgées de 20 à 64 ans pour une personne de plus de 65 ans, ce ratio tomberait à environ 1,6 en 2070.

C’est principalement cette évolution qui conduit le COR à réviser à la hausse ses prévisions de déficit pour la seconde moitié du siècle.

Le système de retraite plombé par les exonérations de cotisations patronales

Selon le rapport du COR, en 2025, le système de retraite était déficitaire de 5,1 milliards d’euros (ce déficit est ramené à 1,3 milliard en tenant compte du produit des placements des réserves) pour un montant total des dépenses de 422 milliards d’euros.

Selon la Cour des comptes, le COR pointe le système de retraite, qui souffre d’une perte de recettes de 2,2 milliards d’euros – notamment du fait des exonérations de cotisations patronales, non compensées par l’État.

Un résultat qui dépend fortement des hypothèses

C’est un point essentiel souvent oublié dans les débats.

Le COR ne prétend pas prédire l’avenir. Il construit des scénarios à partir d’hypothèses économiques et démographiques.

Or le rapport montre lui-même que les résultats sont très sensibles à ces hypothèses :

  • si la fécondité remontait davantage que prévu, le déficit serait nettement réduit ;
  • si la productivité progressait plus vite, les recettes augmenteraient ;
  • si l’emploi était plus élevé, notamment chez les seniors, l’équilibre financier serait amélioré.

Autrement dit, les chiffres publiés pour 2070 ne sont pas une certitude mais l’illustration de ce qui pourrait se produire dans un scénario donné.

Le COR relance le débat sur l’emploi des seniors

L’un des constats les plus intéressants du rapport concerne l’emploi.

Le COR rappelle que le taux d’emploi des 15-64 ans en France demeure inférieur à celui de nombreux pays comparables et que la situation est particulièrement marquée pour les seniors.

Pour les auteurs du rapport, l’amélioration durable du taux d’emploi constitue l’un des principaux leviers permettant d’améliorer le financement des retraites sans réduire les pensions.

Le COR a même demandé à plusieurs équipes d’économistes d’évaluer différents scénarios. Leur conclusion est claire : parmi les leviers examinés (hausse des cotisations, baisse des pensions ou recul de l’âge de départ), le report de l’âge effectif de départ est celui qui produit les effets les plus favorables sur l’activité économique et l’emploi.

Cette analyse ne signifie pas que cette solution est socialement la plus acceptable, mais elle met en évidence les arbitrages auxquels la société est confrontée.

Une question importante pour les fonctionnaires : le poids croissant des primes

Pour les agents publics, un autre enseignement mérite l’attention.

Le COR souligne que le taux de remplacement des fonctionnaires dépend fortement de la part des primes dans la rémunération.

La pension principale reste calculée sur le traitement indiciaire des six derniers mois. Les primes ne sont prises en compte que de manière limitée via la Retraite additionnelle de la fonction publique (RAFP).

Conséquence : lorsque la part des primes augmente plus vite que celle du traitement indiciaire, le niveau futur des pensions tend à diminuer relativement aux revenus perçus en activité.

Le rapport rappelle ainsi que les générations de fonctionnaires les plus récentes pourraient connaître des taux de remplacement inférieurs à ceux observés aujourd’hui.

Ce constat résonne particulièrement dans les débats actuels sur les politiques salariales dans la fonction publique, où la question de l’équilibre entre revalorisation indiciaire et développement des régimes indemnitaires demeure centrale.

Ce que les agents doivent retenir

Le rapport 2026 du COR ne conclut ni à l’effondrement du système ni à sa parfaite soutenabilité.

Il montre surtout trois choses :

  1. Les dépenses de retraite resteraient globalement maîtrisées à l’échelle de la richesse nationale.
  2. Les difficultés financières futures proviennent davantage de l’évolution démographique et de la faiblesse du nombre d’actifs que d’une explosion des pensions.
  3. Pour les agents publics, la question du traitement indiciaire et de la place des primes reste un enjeu majeur pour le niveau futur des retraites.

Plus que jamais, le débat sur les retraites ne peut donc être réduit à l’âge de départ. Il renvoie également à des questions de politique familiale, d’emploi, de rémunération des agents publics et, plus largement, au partage des richesses produites dans notre pays.

Le point de vue CFDT :

Plutôt que de se focaliser sur un hypothétique âge de départ à 67,5 ans en 2070, auquel certains veulent le réduire, Thibaut Sellier, secrétaire confédéral chargé du dossier des retraites, préfère pointer « la qualité du rapport, qui se fonde sur une expertise construite et constamment améliorée depuis plus de vingt ans [et qui lui] permet une nouvelle fois de remplir sa mission : fournir au débat public une analyse solide et partagée par les partenaires sociaux, les administrations publiques et les experts1 ». Unanimement reconnus, les travaux du COR permettent en effet aux différents acteurs d’avoir une vision à long terme des perspectives du régime de retraites.

Nouvelles hypothèses démographiques

La grande nouveauté du rapport 2026 tient en réalité dans la prise en compte par le COR de nouvelles hypothèses démographiques fournies par l’Insee, celles utilisées depuis 2021 étant devenues obsolètes. Ainsi, le taux de fécondité à long terme passe de 1,8 à 1,45 enfant par femme tandis que le solde migratoire passe de plus 70 000 à plus 150 000 personnes par an (ce solde reste cependant inférieur à celui de la majorité des pays étudiés par le Conseil d’orientation des retraites). Enfin, toujours selon l’Insee, l’espérance de vie à 65 ans progresserait moins vite que dans le cadre des anciennes hypothèses (26,3 ans au lieu de 26,7 ans pour les femmes et 24,4 ans au lieu de 24,8 ans pour les hommes).

De même, le rapport intègre la suspension de la réforme des retraites obtenue par la CFDT à l’issue du « conclave » pour un coût annuel de 1,8 milliard d’euros entre 2026 et 2032 – un impact qualifié de « très faible » par le Conseil.

Stabilité jusqu’en 2045

L’information majeure de ce rapport, insiste Thibaut Sellier, « est bel et bien que, jusqu’en 2045, les dépenses du système de retraite restent stables à 14 % du PIB ». Cette stabilité est la conséquence de la hausse du solde migratoire, qui vient compenser la dégradation du contexte économique mondial. Ce n’est qu’après cette date que, sans qu’elles explosent et deviennent hors de contrôle, les dépenses repartiraient à la hausse pour atteindre voire dépasser 15 % du PIB à l’horizon 2070. La conséquence, notamment, de la baisse de l’indice de fécondité, dont les effets se font sévèrement sentir sur le long terme. Bien que la CFDT prenne naturellement très au sérieux cette tendance à la hausse, il faut toutefois raison garder : plus on se projette loin dans le temps, moins le résultat est, par définition, fiable.

En résumé, le rapport bat en brèche l’idée d’un nécessaire recul immédiat de l’âge de départ. « Il faut plutôt mettre à profit la stabilité du régime pendant les vingt prochaines années pour travailler intelligemment à la pérennisation de notre système par répartition », insiste Yvan Ricordeau, secrétaire général adjoint de la CFDT. Au lieu d’envisager des mesures paramétriques violentes et urgentes dans le cadre trop restrictif d’une campagne présidentielle, il faut, selon Yvan, « aboutir à une analyse partagée de la situation et construire une trajectoire par étapes articulant pérennisation financière et justice sociale, et ainsi pouvoir réformer les retraites tant que les dépenses sont stables ».

 – – –

Par UFETAM-CFDT
La partie « Point de vue CFDT » est extraite d’un article de Syndicalisme Hebdo par Nicolas Ballot, rédacteur en chef de Syndicalisme Hebdo et de CFDT Magazine

– – –

1 – Le COR est composé de représentants des organisations syndicales et patronales, de parlementaires, de représentants des administrations de l’État et d’experts.

 – – –

Pour aller plus loin :

Rapport annuel 2026 du COR

Synthèse du rapport annuel du COR

Diaporama de présentation du rapport

 – – – – – – – –