Primes des agents de l’État : ce que le rapport IGF-IGA pourrait changer au ministère de l’Écologie
Publié le
Un rapport (juillet 2026) de l’Inspection générale des finances (IGF) et de l’Inspection générale de l’administration (IGA), intitulé » Primes et indemnités dans la fonction publique de l’État « , dresse un état des lieux inédit des primes et indemnités versées aux agents de la fonction publique de l’État. Il propose de poursuivre la simplification et la rationalisation des régimes indemnitaires. Pour les agents du pôle ministériel de l’Écologie, déjà engagés depuis plusieurs années dans cette évolution, les enjeux sont importants : transparence du RIFSEEP, équité entre agents, évolution des rémunérations, retraite et dispositifs liés au télétravail ou aux mobilités.
Un poids croissant des primes dans la rémunération
Le constat général dressé par les inspections est clair : les primes occupent une place de plus en plus importante dans la rémunération des agents de l’État.
Entre 2015 et 2025, la masse consacrée aux rémunérations indemnitaires est passée de 11,8 à 19,1 milliards d’euros, soit une progression de 61,8 %. Dans le même temps, la rémunération principale progressait de 24,7 %. La part de l’indemnitaire dans la rémunération totale est ainsi passée de 20,4 % en 2015 à 25 % en 2025.
Cette évolution doit toutefois être replacée dans son contexte. Le rapport constate que la rémunération moyenne par agent n’a progressé que de 12,1 % entre 2020 et 2025, alors que l’inflation atteignait 20,9 % sur la même période. La progression de la rémunération indemnitaire a donc joué un rôle important dans l’évolution de la rémunération des agents.
À retenir pour un agent : la progression des primes ne signifie pas nécessairement une amélioration équivalente du pouvoir d’achat. Une partie croissante de la rémunération repose désormais sur des éléments indemnitaires, dont les règles, les montants et les effets sur la carrière et la retraite peuvent être différents de ceux du traitement indiciaire.
Un système encore très complexe
Le rapport recense 543 primes et indemnités actives en 2025 dans la fonction publique de l’État.
Les inspections considèrent que les réformes engagées depuis une dizaine d’années, notamment avec le RIFSEEP, ont permis une première rationalisation. Mais le système reste complexe et insuffisamment lisible pour les agents.
Le rapport relève notamment que les règles de gestion relatives à l’expérience professionnelle ne sont pas toujours communiquées aux agents et que les niveaux de rémunération restent difficiles à comparer.
Cette situation pose une question simple : un agent doit pouvoir comprendre pourquoi il perçoit telle indemnité et comment son montant a été déterminé.
C’est particulièrement important dans un régime comme le RIFSEEP, où le montant de l’IFSE dépend notamment des fonctions exercées, des sujétions et de l’expérience professionnelle.
Le ministère de l’Écologie a déjà fortement simplifié son régime indemnitaire
Sur ce point, la situation du ministère de la Transition écologique mérite d’être distinguée de celle de certains autres ministères.
Selon le rapport, le nombre de primes ministérielles est passé de 76 en 2015 à 24 en 2024. Le nombre de primes effectivement utilisées est également passé de 268 à 190.
Le ministère fait donc partie de ceux qui ont déjà engagé un important travail de rationalisation.
Cela ne signifie toutefois pas que toutes les difficultés soient réglées. La simplification du nombre de dispositifs ne garantit pas, à elle seule, une meilleure lisibilité pour les agents ni une plus grande équité entre les situations.
La question est désormais de savoir ce que produira une nouvelle étape de rationalisation pour les agents du pôle ministériel.
Au ministère de l’Écologie, les primes représentent une part importante de la rémunération
Les données du rapport montrent que la rémunération indemnitaire occupe une place significative au ministère.
La masse indemnitaire est passée de 918 millions d’euros en 2015 à 1,029 milliard d’euros en 2024, soit une progression de 12 %.
Pour le périmètre étudié par la mission, la rémunération indemnitaire moyenne était de 11 067 € par agent en 2025, contre 10 261 € en 2021.
La rémunération brute moyenne au ministère de la Transition écologique est par ailleurs estimée à environ 45 400 €, dont 18 257 € de rémunération indemnitaire dans les données présentées par le rapport.
Ces moyennes doivent évidemment être interprétées avec prudence : elles regroupent des populations, des corps, des catégories et des situations professionnelles très différentes. Elles ne permettent pas de déterminer la rémunération d’un agent particulier.
Elles montrent néanmoins le poids désormais considérable du régime indemnitaire dans la rémunération des agents du pôle ministériel.
Simplifier, mais pour quoi faire ?
Le rapport ne se limite pas à constater la complexité du système. Il formule plusieurs propositions pour poursuivre sa rationalisation.
Mais une question essentielle doit être posée : la simplification doit-elle avoir pour objectif de réduire les dépenses ou d’améliorer la lisibilité et l’équité du système ?
Le rapport montre lui-même que les réformes précédentes ont pu générer des surcoûts. Lorsqu’un nouveau régime indemnitaire est mis en place, il faut notamment éviter que certains agents ne subissent une perte de rémunération et rapprocher progressivement les niveaux indemnitaires des différents corps.
Autrement dit, simplifier les dispositifs et faire des économies ne sont pas nécessairement deux objectifs compatibles.
Pour la CFDT, cette distinction est essentielle. Une éventuelle réforme ne pourrait se traduire par une baisse de rémunération pour les agents au nom de la seule rationalisation administrative.
Plus de transparence : une proposition qui mérite d’être soutenue
Parmi les propositions du rapport, certaines peuvent directement améliorer l’information des agents.
Les inspections proposent notamment la mise en place d’un bulletin social individuel annuel (voir ici) indiquant les montants des différentes primes perçues et, pour le RIFSEEP, leur répartition selon les différents éléments pris en compte.
Le rapport propose également de rendre accessibles les montants médians du RIFSEEP, notamment pour les corps à vocation interministérielle.
Ces propositions vont dans le bon sens. (Voir les 11 propositions)
Aujourd’hui, un agent peut connaître le montant de son propre régime indemnitaire sans disposer des éléments lui permettant de savoir si sa situation est comparable à celle d’agents exerçant des fonctions similaires.
La transparence ne doit pas seulement consister à expliquer le montant versé : elle doit permettre de comprendre les écarts entre situations comparables.
Primes et retraite : un enjeu à ne pas perdre de vue
L’augmentation de la part indemnitaire soulève également une question de long terme : quelle sera son incidence sur les droits à retraite ?
Toutes les primes n’ont pas les mêmes conséquences en matière de retraite. Le rapport souligne cette différence et constate que la progression plus rapide de la rémunération indemnitaire modifie progressivement la structure de la rémunération des agents.
Les inspections proposent notamment de réexaminer les droits à retraite dans certaines situations dérogatoires.
Ce sujet mérite une attention particulière : une rémunération peut augmenter à court terme grâce aux primes sans produire les mêmes effets sur les droits futurs qu’une progression du traitement indiciaire.
Pour les agents, la question n’est donc pas seulement : « combien vais-je toucher aujourd’hui ? », mais aussi « quels seront les effets de cette rémunération sur ma carrière et ma retraite ? ».
Télétravail et mobilités : des dispositifs à préserver et à évaluer
Le rapport s’intéresse également à plusieurs indemnités qui concernent directement les conditions de travail et les politiques publiques.
C’est notamment le cas de l‘indemnité de télétravail et du forfait mobilités durables.
Télétravail : une proposition qui mérite une attention particulière
Les inspections proposent de revoir les conditions d’attribution de cette indemnité lorsque le télétravail résulte d’une demande de l’agent.
Cette proposition mérite d’être examinée avec attention. Elle pourrait en effet conduire à distinguer davantage les situations selon l’origine de la demande de télétravail. Or, dans la pratique, le télétravail répond aussi à des réalités très diverses : organisation collective du service, contraintes liées aux locaux, équilibre entre présence sur site et travail à distance, mais également choix ou contraintes propres à l’agent.
Pour la CFDT, une éventuelle évolution de l’indemnité télétravail ne doit pas aboutir à faire supporter davantage de frais aux agents qui télétravaillent. Le télétravail peut générer des dépenses liées à l’électricité, au chauffage, à l’utilisation du logement ou à l’équipement nécessaire à l’activité professionnelle. Il convient donc de rester attentif à ce que la recherche de simplification administrative ne se traduise pas par une diminution de la prise en charge de ces coûts.
Plus largement, le sujet ne peut pas être réduit à celui de l’indemnité. Les règles d’accès au télétravail, le nombre de jours autorisés, l’égalité de traitement entre services et entre agents et les conditions matérielles de travail à distance sont autant de sujets qui doivent accompagner toute évolution du dispositif.
Dans un ministère où les conditions de travail et l’organisation des services ont profondément évolué ces dernières années, le télétravail constitue désormais un élément important de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Toute évolution de son régime indemnitaire devra donc être examinée dans cette perspective.
Forfait mobilités durables
Concernant le forfait mobilités durables, le rapport souligne la lourdeur administrative liée à sa gestion et les difficultés liées au cumul avec d’autres dispositifs de prise en charge des déplacements. En 2025, 231 000 déclarations sur l’honneur ont ainsi dû être traitées.
Mais il relève aussi une difficulté de fond : les données disponibles ne permettent pas aujourd’hui de démontrer que le forfait mobilités durables a effectivement modifié les comportements de mobilité.
Pour le ministère de l’Écologie, une éventuelle évolution de ce dispositif devrait donc s’appuyer sur une véritable évaluation de son efficacité environnementale, et non sur sa seule complexité administrative.
Ce que la CFDT doit regarder de près
Le rapport IGF-IGA ouvre un débat qui dépasse largement la question du nombre de primes.
Pour les agents du pôle ministériel, plusieurs principes doivent guider toute évolution future :
Simplifier, oui, mais sans diminuer les rémunérations.
Rendre les règles plus lisibles, oui, mais avec davantage de transparence sur les montants et les critères d’attribution.
Harmoniser, oui, mais en veillant à ne pas créer de nouvelles inégalités entre corps, catégories, métiers ou fonctions.
Faire évoluer les primes, oui, mais en prenant en compte leurs conséquences sur les droits à retraite.
Enfin, toute évolution substantielle des régimes indemnitaires doit faire l’objet d’un véritable dialogue social avec les organisations syndicales.
Que doit retenir un agent ?
Le rapport IGF-IGA ne modifie pas, à lui seul, le régime indemnitaire applicable aux agents du ministère.
Il formule des constats et des propositions. Leur éventuelle traduction réglementaire ou ministérielle devra encore faire l’objet de décisions et, pour certaines mesures, de négociations.
Pour les agents de l’Écologie, le sujet est néanmoins loin d’être théorique. Le ministère a déjà fortement rationalisé ses primes et celles-ci représentent aujourd’hui une part importante de la rémunération.
La prochaine étape devra donc répondre à une question essentielle :
comment rendre le système plus simple et plus transparent sans fragiliser la rémunération, l’équité entre les agents et leurs droits futurs ?
C’est sur ces garanties concrètes que la CFDT entendra porter une attention particulière dans les suites qui seront données à ce rapport.
– – –
Par UFETAM-CFDT
– – –
Pour aller plus loin :
Rapport » Primes et indemnités dans la fonction publique de l’État » (Juillet 2026)
Les 11 propositions faites par les inspections
– – –
Pour mémoire :
Notre article du 03-08-26 : PRIMES : Note de gestion du 22 juillet 2026 relative à la mise en œuvre du RIFSEEP pour les agents du pôle ministériel
Notre article du 1607-26 : « Indemnitaire – Mesures catégorielles 2026 (08-07-26) »
– – – – – – – – –
