Réorganisation de l’administration centrale : Quel contenu, quelle méthode ? Quelles suites à envisager ?
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Bonjour à toutes et tous,
Le projet de réorganisation du CGDD, de la DGALN, de la DGPR et du SG, présenté par la ministre Mme Barbut le 23 juin, reste toujours imprécis après le webinaire du 2 juillet matin avec une partie des agents et le « comité de suivi » informel l’après-midi avec les représentants du personnel en administration centrale.
Alors que le webinaire ne permettait pas de voir les questions posées par les agents sur le tchat et qu’il fallait se contenter de réponses sommaires à des questions réinterprétées, le « comité de suivi » s’est réduit à un copier-coller de la présentation du matin en webinaire, y compris des formulations parfois inexactes, suivi de réponses souvent évasives. Les échanges ont en outre inexplicablement été écourtés alors qu’un début d’explication commençait à être effectué par les préfigurateurs sur une potentielle valeur ajoutée de cette réorganisation.
Bien que le secrétaire général actuel quitte ses fonctions le 1er septembre, cette fonction (présentée de façon idyllique comme ininterrompue) reste centrale dans le dispositif. Le secrétaire général est pourtant partie prenante dans la préfiguration d’une nouvelle « direction des statistiques, études et recherche » ; à cela s’ajoute la volonté continue d’intégrer au SG les fonctions support. L’équilibre actuellement précaire des fonctions support au sein des DG, souvent sous-dotées, risque d’être altéré tandis que des enjeux jusqu’ici portés au sein du CGDD avec une expertise spécifique auprès des ministres risquent d’être dilués dans un grand ensemble indistinct.
Non seulement le cabinet de la ministre ne suit pas directement ce dossier stratégique et sensible, mais l’IGEDD, qui pourrait avoir une expertise et un recul utile sur le processus, n’est pas associée à la préfiguration alors que, selon la ministre, son chef de service devait faire partie du dispositif ; on y recourra nous dit-on peut-être un jour selon les besoins…
Peut-être cela échappe-t-il en effet à la ministre ? Il a été reconnu que cette réorganisation s’inscrivait bien dans le calendrier d’État efficace de Matignon époque Bayrou (énième avatar de la RGPP), qui interprète les notions d’efficacité, de simplification, de lisibilité d’une manière bien singulière : dérégulation et baisse des effectifs comme du budget, peu importe l’impact sur les politiques publiques concernées.
Quelle valeur ajoutée à cette réorganisation ?
La CFDT demandant en quoi la concentration au sein de la DG Environnement ou du SG simplifierait les processus, il nous a été répondu à la fois qu’à une politique publique, il fallait une direction pilote clairement identifiée et que la direction générale de l’environnement porterait « une vision intégrée des enjeux environnementaux » ; est-ce vraiment compatible ? Aujourd’hui, c’est le rôle des cabinets ministériels de faire les arbitrages entre les différents enjeux des politiques publiques portées par les directions qui leur sont rattachées, ce qui garantit une bonne expression de l’expertise technique avant toute décision politique dûment éclairée. Cela devrait déjà permettre de « parler d’une seule voix » en interministériel, avec cette « lisibilité » brandie par la réforme visant à peser sur les arbitrages. Peut-être que renforcer le niveau d’expertise de certains conseillers techniques et leur connaissance de l’administration suffirait ?
Au niveau des directions, par exemple la DEB et la DGPR, elles échangent déjà entre elles avant de porter des positions au-delà du périmètre ministériel, auprès de la DGAMPA ou de la DGEC notamment. En quoi diminuer le nombre d’interlocuteurs pour réduire les « coûts de coordination interne » serait un gain d’efficacité si la qualité de l’expertise diminue ? Une double expertise d’un seul représentant DG Environnement serait indispensable sur des enjeux de protection des écosystèmes et de gestion des risques.
Trop de réorganisations regroupent des directions comme si cela suffisait en soi à améliorer leur coordination alors qu’il s’agit d’une gestion de process et non d’organisation. Pour mieux « désigner des chefs de file » comme le voudrait la ministre, une souplesse d’organisation et un volontarisme politique semblent davantage moteurs qu’un affichage organisationnel aux effets collatéraux durables sur la manière de travailler des agents.
De même, une seule chaîne de commandement sous la bannière du SG faciliterait en soi nous dit-on les interfaces entre les différentes entités, par exemple en matière de communication, dispersée entre DNUM, STMAR, DICOM, CGDD, DG… En quoi l’amélioration des processus ne pourrait-elle pas se faire à organisation identique ?
L’expérience de réorganisations passées au SG ajoutant lourdeur et confusion avec des strates hiérarchiques supplémentaires laisse dubitatif.
Concernant les nombreuses thématiques liées à la transition écologique en dehors du périmètre ministériel de Mme Barbut, le SG affirme qu’on n’est pas obligé d’être dans une même organisation pour bien travailler ensemble. Mais cela vaut aussi au sein du ministère !
Aucun objectif d’amélioration des conditions de travail
Le SG a pris note qu’il faut permettre aux représentants du personnel de mieux comprendre les gains attendus de cette réorganisation lors du prochain « comité de suivi »… C’était déjà un objectif du premier, pour nous en tout cas.
La CFDT avait en outre alerté la ministre sur les conditions de travail dégradées en AC et que toute réorganisation devait prioritairement traiter ce sujet ; or, aucun élément de réponse n’a été apporté non plus en la matière.
Alors qu’il est reconnu y compris au niveau de Bercy que de nombreuses missions n’ont pas d’effectifs suffisants et que cela entraîne une pression dangereuse sur des agents fortement investis dans leur travail, ces préoccupations concrètes restent ignorées au profit de visions abstraites de « lisibilité » d’un organigramme.
Pour traiter la souffrance au travail, on renverra comme toujours sur une cellule d’écoute a posteriori ou de théoriques dispositifs de prévention des risques psychosociaux alors que les moyens pour faire vivre les dispositifs de prévention pourtant obligatoires sont insuffisamment déployés, entraînant un grave retard en termes de diagnostic des risques et de mise en œuvre d’actions.
Le manque d’anticipation et d’accompagnement lors des vagues de chaleur de cet été en fournit également l’illustration.
Un calendrier précipité et irréaliste
L’objectif est de mettre en œuvre cette réorganisation avant les élections présidentielles. Le SG dit qu’on verra ensuite pour l’adaptation des processus.
C’est effectivement ce qui a été fait pour de nombreuses réorganisations passées, également mal anticipées, qui ont entraîné plusieurs années de dysfonctionnements avant que cela commence à se stabiliser.
C’est pourtant au moment où les blocs de missions sont bougés qu’il faut avoir une bonne vision du Qui fait quoi, à hauteur du travail réel, pour s’assurer de l’adéquation missions/moyens.
Dans un contexte budgétaire et politique tendu, ce n’est pas le moment d’ouvrir de nouvelles fragilités en mobilisant, comme annoncé, les managers de proximité pour promouvoir une réorganisation dont ils connaissent peu les conséquences puisqu’elles seront explicitées a posteriori et qu’à ce jour ils obtiennent davantage d’informations par la presse que par la voie hiérarchique !
Les préfigurateurs concèdent que plusieurs mois supplémentaires auraient été préférables mais, la ministre étant arrivée depuis neuf mois, elle ne pouvait pas enclencher plus tôt le processus… Le SG pense en outre que le rythme du travail parlementaire va ralentir en début d’année et que cela laissera le temps aux managers de s’investir. Cela montre une certaine méconnaissance des conflits d’agendas que les agents doivent gérer.
Le SG affirme également qu’un travail sera effectué « à partir des missions, pas seulement sur l’organigramme », en associant les sous-directeurs pour vérifier que la réorganisation répond bien à leurs attentes et faciliter les adaptations du travail aux nouveaux périmètres, tout en affirmant par ailleurs que cette réorganisation n’aurait pas d’impact sur le fonctionnement des sous-directions… Comment le croire ?
Cela ne remplacera pas l’étude d’impact qui aurait dû être fournie en amont ni le bilan des réorganisations passées que la CFDT avait demandé pour éviter de refaire les mêmes erreurs.
Le SG se dit au contraire preneur des retours des représentants du personnel… C’est le monde à l’envers… D’autant plus que nos retours ont déjà été fait mais à des niveaux « informels » (sans procès-verbal) puisque l’administration a supprimé les instances représentatives des services (DGAMPA, DGALN, SG,…).
Le prochain « comité de suivi », initialement annoncé fin septembre, vient d’être convoqué comme le premier dans des délais précipités, sans ordre du jour précis ni documents préparatoires.
La méthodologie d’association des agents comme de leurs représentants rappelle malheureusement à ce stade la fausse association pour le projet Arche Séquoia (la « co-construction » n’existant que dans le monde à paillettes de la communication).
C’est pourquoi la CFDT a demandé que soit réuni dans les meilleurs délais, d’une part, un comité social d’administration centrale (CSA-AC) pour informer formellement et précisément les représentants du personnel du contenu de cette réorganisation et – enfin – répondre aux questions formulées devant la ministre puis devant le secrétaire général par les représentants du personnel et, d’autre part, que soit réunie au plus tard début 2027 une formation spécialisée en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail d’administration centrale (FSSSCT-AC) présentant l’actualisation des documents de prévention des risques prévus par la loi afin de comprendre comment cette réorganisation permettrait d’améliorer les conditions de travail dégradées de nos agents, sans les impacter davantage.
La CFDT avait déjà exprimée cette demande en FSSSCT-AC le 23 juin, sans réponse à ce jour.
Aucune adaptation du projet Arche Séquoia
Cette réorganisation n’entraîne pas de temporisation des travaux liés à la première phase du projet Arche Séquoia. Il risque donc d’y avoir une multiplication des déménagements en fonction des configurations retenues, s’ajoutant aux nombreux déménagements provisoires déjà prévus dans des conditions précaires.
Il n’est pas à ce stade envisagé de réattribuer les espaces libérés dans la Grande Arche par le non-déménagement de la DGPR pour desserrer la densification et la flexibilisation pourtant jugée excessives par une majorité d’agents.
Malgré le bouleversement de l’équilibre du projet et les difficultés de pilotage expliquant le dernier report des travaux, ni le « méga-zoning » de l’Arche ni le planning global de l’opération ne sont remis en cause.
Il faudrait pourtant profiter du nouveau dérapage du projet et des nouvelles marges de manœuvre pour repartir sur de meilleures bases en faisant enfin une évaluation des risques du projet à partir d’une analyse du travail réel, jusqu’ici refusée.
Cela permettrait également de s’appuyer à l’automne sur les éléments d’un diagnostic des risques psychosociaux global – s’il n’est pas à nouveau reporté (il était annoncé initialement début 2025 !).
La CFDT dénonce la multiplication de projets déconnectés des contraintes et des besoins réels des agents de l’administration centrale.
Elle demande de prendre le temps nécessaire de la réflexion, en s’appuyant sur les connaissances et les savoir-faire reconnus des agents, avec la mobilisation de leurs représentants.
Faute de clarification rapide des objectifs et de la méthodologie d’association des agents, la CFDT ne pourra s’associer à ce projet de réorganisation.
Nous continuerons à vous tenir informés des informations obtenues et poursuivrons les échanges en visio initiés le 9 juillet en réunion d’information CFDT.
Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire.
La CFDT-AC
Bruno JOSNIN – Tour Séquoia 09.59 – 01 40 81 82 79
Yoan MARSANNE – Arche Sud 04N50 – 01 40 81 66 13
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Pour mémoire :
Notre article du 22-06-29 : Rencontre avec Monique Barbut, ministre de la Transition Écologique (22-06-26)
Notre article du 28-06-29 : Réponse de la CFDT-AC au message de la ministre Monique Barbut aux agents de l’administration centrale (AC)
Notre article du 02-07-26 : Réorganisation de l’administration centrale – Prenez la parole !
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