Réponse au courrier adressé au 1er ministre par l’intersyndicale Fonction Publique

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Le 18 mai 2026, l’intersyndicale Fonction publique a adressé un courrier au Premier ministre, Sébastien Lecornu, avec une demande un rendez-vous. La réponse vient de nous parvenir, elle est faite par … David Amiel, ministre de l’action et des comptes publics !

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La réponse au courrier de l’intersyndicale Fonction Publique :

 

LE MINISTRE

Paris, le 2 juin 2026

Mesdames et messieurs les représentantes et représentants des personnels,

Vous avez appelé, le 18 mai dernier, l’attention du Premier ministre, qui m’a chargé de vous répondre, sur la situation salariale des agents publics à la suite de la revalorisation du SMIC au 1er juin 2026. J’ai pris, dès ma prise de fonction en qualité de ministre chargé de la fonction publique, en octobre dernier, la mesure des préoccupations que vous exprimez, en particulier sur le tassement des rémunérations, les débuts de carrière et les contraintes concrètes qui pèsent sur les agents dans l’exercice de leurs missions.

À compter du 1er juin 2026, le Gouvernement mobilise l’indemnité différentielle prévue par le décret n° 91 -769 du 2 août 1991. Elle garantit qu’aucun agent public ne perçoive une rémunération indiciaire inférieure au SMIC. Sa mise en œuvre sera automatique en paie pour les agents dont l’indice de rémunération se situe sous le seuil correspondant au nouveau montant du SMIC.

Il importe d’en préciser le fonctionnement. Cette indemnité est calculée sur le seul traitement indiciaire brut: les primes et indemnités ne sont pas prises en compte pour réduire ou écarter la garantie. Or celles-ci représentent de l’ordre de 20 à 30% de la rémunération des fonctionnaires. L’indemnité différentielle bénéficiera donc à un public bien plus large que les seuls agents dont la rémunération totale est proche du SMIC. Alors qu’environ 15 000 agents de l’État se trouvent dans cette situation, soit moins de 1 % des effectifs, près de 306 000 agents de l’État, soit environ vingt fois plus, seront couverts par l’indemnité différentielle, et 862 000 agents dans l’ensemble de la fonction publique. Il y aurait à ce titre grande méprise à considérer que l’ensemble de ces 862 000 agents sont rémunérés à hauteur du SMIC.

Si elle est positive pour le pouvoir d’achat de nombreux fonctionnaires dans un contexte d’augmentation du prix des carburants et de regain corrélatif de l’inflation, j’ai conscience que cette mesure immédiate ne règle pas, à elle seule, les questions de fond que vous soulevez, qu’il s’agisse de progression de carrière, de reconnaissance des qualifications, des responsabilités et des sujétions ou encore de lisibilité des perspectives salariales. Le caractère imparfait de cette mesure confirme au contraire la nécessité d’un travail sur l’architecture des carrières et des rémunérations.

C’est ainsi tout l’objet du cycle de discussions ouvert le 13 avril dernier, dans un cadre pluriannuel. Nous devons prendre acte collectivement que le système de rémunération des fonctionnaires est arrivé en bout de course et devient obsolète. Il crée désormais des injustices et nous condamne à des mesures correctives imparfaites. Ce cycle de discussions doit donc permettre d’aborder la question de la structure de rémunération, des parcours, de la progression salariale, des responsabilités exercées et de la valorisation de l’engagement professionnel, sans oublier de traiter la question de la gouvernance salariale afférente. Si j’ai pris acte du départ de vos organisations lors de cette première réunion, je reste néanmoins convaincu que la reprise de ces échanges relève de notre responsabilité collective.

Parallèlement aux efforts et au travail mené sur la question des rémunérations, je tiens aussi à rappeler que le Gouvernement apporte une réponse ciblée à la hausse des carburants pour les agents de l’Etat et des établissements publics hospitaliers qui utilisent leur véhicule personnel pour les besoins du service. Les remboursements de frais de déplacement professionnel seront majorés de 3,2 % pour les déplacements réalisés du 1er juin au 31 décembre 2026, soit environ 20cts/L, tenant ainsi compte au plus juste de l’augmentation du coût de ces déplacements. Sont notamment concernés les déplacements entre sites, les remplacements, les interventions, les tournées, les contrôles et les missions de terrain. L’arrêté correspondant a été publié au Journal officiel du 31 mai.

Cette majoration s’inscrit dans le prolongement de l’instruction que j’ai adressée le 5 mai 2026 aux administrations de l’État. Celle-ci demande, lorsque les missions le permettent, de recourir davantage au télétravail, en particulier pour les agents dont le trajet domicile-travail s’effectue nécessairement en voiture personnelle. Elle rappelle également la nécessité de mieux informer les agents sur les dispositifs existants: prise en charge de 75 % des abonnements de transport collectif, forfait mobilités durables et indemnité carburant de 100 € pour les travailleurs modestes et grands rouleurs, ouverte aux agents publics qui en remplissent les conditions.

Ces dispositions permettent de répondre aux urgences identifiées. Elles ouvrent désormais la voie à un travail de fond, pour les mois et les années qui viennent, sur le pouvoir d’achat, l’évolution des rémunérations et les perspectives de carrière.

C’est pourquoi je vous propose la tenue d’un rendez-vous salarial au début du mois de juillet. Il s’agit de renouer avec l’habitude, qui avait cours jusqu’en 2023, d’un dialogue salarial annuel avec vos organisations. Ce rendez-vous permettra d’aborder les perspectives du prochain projet de loi de finances et de faire le point sur les travaux structurels engagés sur les carrières et les rémunérations. Il permettra d’examiner les sujets que vous portez, sur la base d’éléments de contexte partagés, notamment quant à la situation des finances publiques du pays.

Je vous prie de croire, Mesdames, Messieurs les représentantes et représentants des personnels, à l’assurance de ma considération distinguée.

 

David AMIEL

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Première réaction CFDT :

Pour le moment, l’intersyndicale de la fonction publique préfère attendre de connaître le contenu et les conditions de la réunion salariale annoncée par David Amiel avant de se prononcer. Sa participation sera toutefois conditionnée à plusieurs exigences préalables.

« Le point d’indice est gelé depuis trois ans, expose Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques. Nous avons conscience des difficultés autour du budget, mais il ne faut pas que la fonction publique soit la dernière roue du carrosse. »

Au-delà de la question du point d’indice, les organisations syndicales souhaitent également engager des discussions sur les grilles de rémunération. Celles-ci sont aujourd’hui jugées insuffisamment attractives en raison de leur tassement progressif au fil du temps. « [Des grilles] écrasées au fil des années, et qui ne donnent plus envie aux agents de rester ni à ceux qui veulent y entrer de poursuivre ce projet », complète Laure Revel.

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Le courrier intersyndical du 18 mai 2026 au 1er ministre :

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Situation salariale des agents publics : l’intersyndicale Fonction publique s’adresse au Premier ministre

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Monsieur Sébastien Lecornu
Premier ministre

Paris, le 18 mai2026

Monsieur le Premier ministre,

Les organisations syndicales représentatives de la Fonction publique, CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CGC, FA-FP, tiennent, par ce courrier, à vous alerter à nouveau sur la situation salariale des agents publics.

Nous vous demandons une audience dans les plus brefs délais.

Monsieur Roland Lescure, le Ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique a confirmé une inflation annuelle autour de 2.2 %. Monsieur Jean-Pierre Farandou, le Ministre du Travail, a annoncé une revalorisation du Smic de 2,4 % au 1er juin.

Qu’en est-il dans la Fonction Publique ?
En dépit de nos nombreuses alertes, le gouvernement n’a pas annoncé de mesure générale de revalorisation du point d’indice de rémunération des fonctionnaires.

D’ores et déjà 356 000 agent•es perçoivent une indemnité différentielle pour ne pas être rémunéré·es en dessous du SMIC. En confirmant la hausse du SMIC au 1er juin, les 10 premiers échelons de la grille C1, les 7 premiers échelons de la grille C2, les 3 premiers échelons de la grille C3, les 5 premiers échelons de B1, les 2 premiers échelons de B2, ainsi que les élèves fonctionnaires des corps de catégorie A, passeront sous le niveau du Smic. Des centaines de milliers d’agent•es, a minima plus de 700 000, seront une nouvelle fois rattrapé·es par le minimum légal et se verront privé·es de perspective d’évolution de carrière.
Ce nouveau tassement des grilles n’est pas acceptable. L’indemnité différentielle ne peut pas tenir lieu de politique salariale, elle masque temporairement le problème sans le régler tout en accélérant l’écrasement des carrières, niant les qualifications, l’expérience professionnelle et le principe même de carrière. Elle ne pourra pas être prise en compte pour le calcul des pensions.
Dans le même temps, la perte de pouvoir d’achat liée au décrochage du point d’indice se poursuit malgré les revalorisations de 2022 et 2023 et l’attribution de 5 points d’indice au 1?? janvier 2024. Ces mesures n’ont jamais permis de compenser l’inflation. De plus, la non-reconduction pour la deuxième année consécutive de la garantie individuelle de pouvoir d’achat a supprimé les éléments de compensation pour des dizaines de milliers d’agent·es, souvent en fin de carrière, dont le traitement reste bloqué.

Les organisations syndicales vous demandent une hausse de la valeur du point d’indice après trois années de blocage.

En continuant à refuser toute mesure générale et immédiate de revalorisation indiciaire, en laissant les grilles se faire rattraper par le SMIC, en réduisant les droits et garanties, le gouvernement alimente une exaspération profonde.

Nos organisations vous demandent expressément :

Des mesures salariales générales et notamment une revalorisation significative de la valeur du point d’indice ;
Le rétablissement du versement de la garantie individuelle de pouvoir d’achat ;
Le maintien à 100 % des rémunérations versées aux agent•es qui sont en congé maladie ordinaire et l’abrogation du jour de carence ;
Des mesures de revalorisation et la refonte des grilles indiciaires permettant, dans chaque catégorie, une véritable progression de carrière et la sortie des débuts de carrière du niveau du Smic de même que la revalorisation des métiers à prédominance féminine ;
L’égalité salariale et professionnelle entre les femmes et les hommes ;
Des garanties sur la mise en œuvre effective de la directive européenne sur la transparence salariale, accompagnée de moyens pour des politiques d’égalité ;

Nos organisations réitèrent leurs disponibilités pour participer à un processus de négociation dans ce sens.

Dans le même temps, nos organisations réitèrent également leur demande unanime d’abandon du décret ASA et du projet régressif des droits au titre du temps partiel thérapeutique.

Nous vous demandons, Monsieur le Premier ministre, de recevoir dans les plus brefs délais une délégation de nos organisations syndicales de la fonction publique CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU, Solidaires, CGC, FA FP, afin d’échanger concrètement sur nos revendications et d’examiner les mesures à mettre en place.

Dans cette attente, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier ministre, nos respectueuses salutations.

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