Intelligence artificielle dans la fonction publique : encadrer sans subir

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L’intelligence artificielle s’impose désormais dans le quotidien des services publics. Outils d’aide à la rédaction, automatisation de certaines tâches, analyse de données… les usages se multiplient, souvent à grande vitesse. Face à cette transformation, une question devient centrale : comment maîtriser cette évolution pour qu’elle profite réellement aux agents comme aux usagers ?

Aujourd’hui, le développement de l’IA dans les administrations se fait de manière contrastée. D’un côté, de nombreux agents reconnaissent les gains possibles en efficacité et en simplification du travail. De l’autre, les pratiques restent encore largement dispersées, parfois hors de tout cadre clair, avec l’utilisation d’outils externes qui posent des questions importantes en matière de sécurité des données et de souveraineté numérique.

Cette situation souligne une réalité : l’IA est déjà là, et elle continuera de se diffuser. Dès lors, l’enjeu n’est plus de savoir s’il faut l’adopter, mais dans quelles conditions.

C’est dans ce contexte qu’une nouvelle phase de discussion s’engage au sein de la fonction publique, avec l’objectif de construire un cadre commun d’utilisation de l’intelligence artificielle. Plusieurs axes sont d’ores et déjà identifiés : la définition d’usages prioritaires, la mise en place de garanties éthiques, la protection des données, mais aussi l’accompagnement et la formation des agents.

Pour les organisations syndicales, cette démarche va dans le bon sens, à condition qu’elle se traduise concrètement. Pour la secrétaire générale de la CFDT-Fonctions publiques, Laure Revel, l’encadrement de l’usage de l’IA constitue ainsi une « priorité », « au vu de l’impact que cette technologie a déjà et aura encore plus dans les prochaines années sur les conditions de travail des agents publics ».

Car sans règles claires et partagées, le risque est réel de voir se développer des pratiques hétérogènes, voire incontrôlées, au sein des services.

Mais au-delà de la régulation technique, c’est bien la question du sens qui est posée.

L’intelligence artificielle ne peut pas devenir un levier de réduction des effectifs ou un outil supplémentaire de rationalisation budgétaire. Elle ne doit pas non plus conduire à une dégradation du service public ni à une déshumanisation des relations avec les usagers.

Pour la CFDT, l’enjeu est clair : faire de l’IA un outil au service du travail des agents, et non l’inverse.

Cela suppose plusieurs conditions essentielles :

  • garantir que les agents restent au cœur des décisions et des usages ;
  • investir massivement dans la formation ;
  • reconnaître les évolutions des métiers ;
  • préserver la qualité du service rendu aux citoyens.

L’intelligence artificielle peut être une opportunité si elle permet de réduire les tâches répétitives et de redonner du temps au cœur du métier : la relation humaine, l’expertise, l’accompagnement.

À l’inverse, sans vigilance collective, elle pourrait accentuer les dérives déjà à l’œuvre dans la fonction publique.

Les discussions à venir seront donc déterminantes. Elles devront permettre de fixer des règles claires, protectrices et ambitieuses, pour que cette transformation technologique soit réellement choisie, et non subie.

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Source : La Tribune du Dimanche

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Pour mémoire :

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