“Le gouvernement choisit de laisser les agents publics s’appauvrir”
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Alors que les agents publics sont mobilisés ce 29 septembre, Laure Revel, secrétaire générale de la CFDT Fonctions publiques, appelle le gouvernement à prendre des mesures urgentes visant à améliorer les rémunérations, refondre les grilles indiciaires et renforcer l’attractivité de la fonction publique.
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Pour la quatrième année d’affilée, le gouvernement a annoncé le gel du point d’indice des 5,8 millions d’agents publics. Comment réagissent-ils à cette annonce de nouvelle année sans revalorisation salariale ?
La fonction publique et ses agents se trouvent dans un contexte de survie. L’annonce par le gouvernement du gel du point d’indice en 2027 est un énième signe de mépris envoyé aux agents, et un nouveau coup dur pour l’attractivité de la fonction publique. Pendant les dix dernières années, il n’y a eu que deux « revalorisations » – et encore, celles-ci étaient très loin de compenser l’inflation. Aujourd’hui, près d’un agent public sur cinq perçoit une rémunération indiciaire inférieure au Smic ; ce n’est pas acceptable.
Le gouvernement choisit de laisser les agents de la fonction publique s’appauvrir. Nous le répétons, il est urgent d’agir sur les rémunérations et les carrières. Nous demandons une augmentation immédiate de la valeur du point d’indice, la refonte des grilles indiciaires, le rétablissement de la garantie individuelle du pouvoir d’achat1, le retour à la rémunération à 100 % pendant les arrêts maladie et la suppression du jour de carence en cas d’arrêt maladie.
À ces revendications le gouvernement oppose un “budget contraint”…
Nous sommes conscients de la situation difficile des finances publiques. Le déficit existe, la dette existe et le gouvernement fait des choix. Mais choisir ne se résume pas à faire des économies de bouts de chandelle ici et là ; ce n’est pas maintenir ou réduire une ligne budgétaire sans en expliquer les conséquences en matière de rémunération, de conditions de travail et de qualité de service rendu aux citoyens. Ce que je veux dire, c’est que le débat ne peut pas se résumer au nombre de fonctionnaires. Il doit porter sur les services publics que nous voulons pour les dix, vingt ou trente prochaines années. Nous demandons donc une véritable discussion au sujet des priorités. Quels services publics voulons-nous garantir ? Et avec quels moyens ?
Par la mobilisation, nous voulons aussi rappeler que, derrière les dépenses, il y a des femmes et des hommes qui font fonctionner les services publics. La diminution des moyens a forcément des conséquences sur les conditions de travail et la qualité du service rendu aux citoyens.
Les incendies de cet été nous ont une nouvelle fois rappelé que les agents publics se trouvent en première ligne, particulièrement en temps de crise.
Bien sûr. Les pompiers, les forces de l’ordre, les agents des collectivités et des préfectures, les personnels de santé… : toutes et tous ont répondu présent. Comme d’habitude, ai-je envie de dire. Mais jusqu’à quand ? Si les agents n’ont plus les moyens de remplir correctement leur mission, si les postes manquent, si les équipes s’épuisent, si les conditions de travail se dégradent et si les rémunérations décrochent, c’est toute l’action publique et la cohésion sociale qui sont mises à mal.
Plus généralement, peux-tu nous dire un mot sur l’état du dialogue social dans la fonction publique ?
Il existe. Mais ce ne doit pas être un simple supplément d’âme. Les employeurs publics doivent jouer le jeu du dialogue social et associer les agents aux changements. L’adaptation des services publics est nécessaire mais ne pourra se faire qu’avec celles et ceux qui les font vivre. Nous ne cessons de le répéter : les services publics sont à un tournant. Ils doivent répondre à de nouveaux besoins, intégrer les transformations numériques et environnementales, faire face au vieillissement de la population tout en garantissant l’égalité d’accès aux droits essentiels. Nous sommes d’ailleurs satisfaits d’avoir obtenu l’ouverture de discussions autour des enjeux liés à l’adaptation des services publics aux changements climatiques.
Deux projets d’accord ont été adressés aux organisations syndicales : le premier sur l’intelligence artificielle, le second sur l’égalité professionnelle. Sont-ils à la hauteur des enjeux ?
Réduire les inégalités, améliorer la qualité de vie et les conditions de travail des agents : voici ce qui guide notre action au quotidien. Nous nous sommes pleinement engagés dans ces deux négociations et avons porté nos revendications tout au long des discussions.
Nous considérons qu’il est primordial d’encadrer le déploiement et l’utilisation de l’IA. Nous avons fait inscrire noir sur blanc qu’il fallait « garder l’humain au centre » et qu’il est indispensable de « prévoir les conditions de réversibilité ». Le projet d’accord-cadre prévoit également que les gains de productivité attendus de l’usage de l’IA bénéficient aux agents, que ce soit en matière de conditions de travail ou de développement de leurs compétences.
Concernant l’égalité professionnelle, nous avons fait intégrer au projet d’accord de nombreuses revendications portant sur le renforcement de la prise en charge des personnels victimes de violences sexuelles et sexistes et acté la prise en compte inédite des violences intrafamiliales (VIF) avec la création d’une autorisation spéciale d’absence pour celles et ceux qui en seraient victimes. Nous avons également sécurisé de nouveaux droits liés à la parentalité, en garantissant un parcours RH protecteur ou encore un accès renforcé aux espaces d’allaitement au travail. Les organisations syndicales ont maintenant jusqu’à la mi-octobre pour s’engager ou non. La CFDT prendra ses responsabilités.
Par Guillaume Lefèvre
Journaliste
1] La Gipa est un dispositif destiné à compenser, sous certaines conditions, la perte de pouvoir d’achat des agents lorsque l’évolution de leur traitement indiciaire est inférieure à l’inflation sur une période donnée.
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D’après l’article initialement publié par Syndicalisme Hebdo
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Pour mémoire :
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