Intelligence artificielle : un assistant pour tous les agents publics, mais à quelles conditions ?

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Le gouvernement a annoncé la généralisation d’un assistant d’intelligence artificielle (IA) à près d’un million d’agents de la fonction publique de l’État. Présentée comme une étape majeure de la modernisation de l’administration, cette décision s’accompagne d’un plan plus large visant à intégrer l’IA dans de nombreux services publics.

Pour les agents, cette annonce soulève autant d’espoirs que de questions. Quels sont les objectifs de cet outil ? Quels bénéfices peut-on en attendre ? Quels risques doivent être anticipés ? Et surtout, quelle place sera laissée au dialogue social ?

Un « ChatGPT souverain » pour l’administration

Baptisé simplement « l’Assistant », cet outil conversationnel s’appuie sur les modèles développés par l’entreprise française Mistral AI et sur des infrastructures présentées comme souveraines et sécurisées.

Après une phase d’expérimentation menée auprès de 10 000 agents volontaires, son utilisation va être étendue à environ un million d’agents de l’État.

Selon le gouvernement, cet assistant doit permettre :

  • de rechercher plus rapidement des informations ;
  • de résumer ou synthétiser des documents ;
  • d’aider à la rédaction de notes, courriers ou comptes rendus ;
  • de traduire des textes ;
  • de réduire le recours à des outils grand public non validés par l’administration.

L’objectif affiché est simple : faire gagner du temps aux agents en allégeant certaines tâches administratives répétitives.

Une stratégie plus large de transformation numérique

L’Assistant n’est qu’une partie du plan gouvernemental « Notre IA ».

D’autres outils doivent être progressivement déployés :

  • Transcripts, pour retranscrire automatiquement des réunions ou entretiens ;
  • DiploIA, capable de traduire dans plusieurs dizaines de langues ;
  • des solutions spécialisées destinées aux ministères de la Justice, de l’Intérieur ou encore de la Santé ;
  • des outils d’aide à l’analyse documentaire et au traitement de dossiers.

Parallèlement, l’État annonce un investissement supplémentaire de 655 millions d’euros pour développer les infrastructures, les capacités de calcul et les filières françaises de l’intelligence artificielle.

La notion de « souveraineté numérique » est au cœur du discours gouvernemental : il s’agit de réduire la dépendance aux grands acteurs américains et de conserver la maîtrise des données publiques.

Quels bénéfices pour les agents ?

L’utilisation de l’IA peut effectivement apporter plusieurs avantages.

Dans certaines situations, elle permet de :

  • réduire le temps consacré à des tâches de rédaction ;
  • faciliter l’accès à l’information ;
  • améliorer la recherche documentaire ;
  • automatiser certaines opérations répétitives ;
  • rendre plus accessibles des documents complexes.

Pour des services confrontés à une surcharge administrative chronique, ces outils peuvent constituer une aide réelle lorsqu’ils sont utilisés avec discernement.

L’enjeu n’est pas de remplacer l’expertise des agents mais de leur permettre de se concentrer davantage sur les missions nécessitant une analyse humaine, une relation avec les usagers ou une prise de décision.

Des limites à ne pas sous-estimer

L’intelligence artificielle n’est cependant pas un outil neutre.

Même performants, les systèmes d’IA peuvent produire des erreurs, des approximations ou des réponses incomplètes. Les résultats proposés doivent toujours être vérifiés par un agent.

Le gouvernement affirme d’ailleurs que le principe de « l’humain aux commandes » doit rester la règle : l’IA peut assister mais ne doit jamais décider à la place des agents ou de l’administration.

D’autres questions demeurent :

  • la protection des données sensibles ;
  • la traçabilité des usages ;
  • les responsabilités en cas d’erreur ;
  • les conséquences sur l’organisation du travail ;
  • l’impact environnemental des technologies d’IA ;
  • les effets possibles sur l’emploi public et les compétences.

Ces sujets concernent directement les conditions de travail des agents et ne peuvent être traités uniquement sous l’angle technologique.

Pourquoi le dialogue social est indispensable

Face à ces enjeux, le gouvernement a engagé une négociation avec les organisations syndicales afin d’élaborer un accord-cadre sur l’intelligence artificielle dans la fonction publique.

Les syndicats ont toutefois exprimé plusieurs réserves.

Ils soulignent notamment que de nombreuses annonces ont été faites avant même l’ouverture effective des discussions, ce qui donne le sentiment que certaines décisions sont déjà arrêtées. Comme la rappelé Alexandre Bataille, secrétaire général adjoint de la CFDT Fonctions publiques et spécialiste des sujets IA et numérique : « la CFDT Fonctions publiques attend du ministre qu’il démontre que la table des négociations est un espace de co-construction réel et pas une chambre d’enregistrement ».

Pour les organisations syndicales, plusieurs garanties sont indispensables :

  • aucune suppression d’emplois liée au déploiement de l’IA ;
  • un contrôle humain permanent ;
  • une information et une consultation régulières des représentants du personnel ;
  • des formations accessibles à tous les agents ;
  • un accompagnement des évolutions professionnelles ;
  • des règles claires en matière de responsabilité ;
  • une transparence sur les outils utilisés et leurs effets.

La CFDT Fonctions publiques précise que la conclusion préalable d’un accord de méthode constitue un passage incontournable (voir notre article du 25 mai 2026). Elle rappelle également que l’intelligence artificielle ne constitue pas seulement un outil de productivité : elle transforme potentiellement les métiers, l’organisation du travail et le sens même de certaines missions de service public.

Une transformation à construire collectivement

L’arrivée de l’intelligence artificielle dans les administrations apparaît désormais inévitable. La véritable question n’est donc plus de savoir si l’IA sera utilisée, mais dans quelles conditions elle le sera.

Pour l’UFETAM-CFDT, cette évolution ne peut être acceptée que si elle respecte plusieurs principes fondamentaux :

  • le maintien de la qualité du service public ;
  • la préservation de l’emploi et des compétences ;
  • le respect des droits des agents ;
  • la protection des données ;
  • un dialogue social réel et continu ;
  • une maîtrise publique des choix technologiques.

L’IA peut devenir un outil utile au service des agents et des usagers. Elle ne doit pas devenir un prétexte à la réduction des effectifs, à la dégradation des conditions de travail ou à une automatisation incontrôlée des décisions publiques.

C’est pourquoi les prochains mois seront déterminants pour définir les règles qui encadreront cette transformation majeure du service public.

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Par UFETAM-CFDT

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Pour mémoire :

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